
Un jour, un ami sculpteur installé dans le Midi offrit à
Fabienne Hanteville un bloc de marbre qu'elle ramena chez elle dans son sac à dos. Elle en fit un coq fièrement dressé. L'anecdote dit bien la volonté farouche de celle qui, contre vents et marées, pense, vit et dort sculpture animalière. Mais le marbre est rare ; alors bien souvent, Fabienne sculpte ce qui lui tombe sous la main. Ainsi l'argile extraite de son jardin donna vie, il y a peu, à une étonnante basse-cour. Nécessité fait l'oie, pourrait-on dire…
Aujourd'hui, le papier journal, les publicités, les bouteilles de plastique qui encombrent nos boîtes à lettres et nos poubelles constituent le matériau de son fabuleux bestiaire. Et l'on est tout à la fois admiratif et pris de vertige en voyant avec quel talent (et quelle patience !) la sculptrice « recycle » les résidus de l'hyperconsommation, standardisés et ignobles, en œuvres d'art singulières : taureaux à l'encolure puissante, petites vaches malicieuses, qui sont autant d'odes à la vie. Une animalité, sœur de ces tortues géantes crevant là-bas, dans l'hémisphère sud, le ventre plein du plastique que charrient nos océans mondialisés. Tout un bestiaire, familier ou mystérieux, qui nous regarde et semble nous demander si cette folie cessera un jour.